vendredi 27 février 2015

Back in the day



Toute l'année dernière, on a vu revenir en force les super modèles Cindy, Naomi et Eva sur les devants des podiums et les couvertures de magazines.
Le monde de la musique a été marqué en décembre dernier par le retour du prodige de la nu soul, D'angelo, qui mettait tout le monde d'accord dans ses glorieuses années. 
Et début février, Jimmy Fallon, l'hilarant présentateur du Tonight Show, a trouvé le moyen de recréer les couloirs du lycée Bayside High avec à ses côtés les personnages cultes de la géniale série "Sauvé par le gong" -  à mater ici parce que c'est top.

Le point commun de ces anecdotes pop culture ? 

            
                                        LES NINETIES !!


Ah les années 90! la chouette décennie des All Saints, des Spice Girls et tous les autres boys bands, la décennie de La fête à la maison, de la trilogie du samedi soir et des Minikeum. Les gars sûrs se baladaient avec la coupe de Will Smith du Prince de Bel-Air et leur Game Boy et les filles se pavanaient avec les petites pinces à cheveux en forme de papillon, Tamagotchi en main - oui, je parle de moi!

En terme de mode, on observe depuis un an ou deux le come-back dans notre garde-robe de ce qui faisait le style à l'époque. Les nineties c'était les bandanas, les chockers, les crops tops, les brassières, les bananes et j'en passe... La nostalgie est plus présente que jamais et continue d'être une source d'inspiration pour les créateurs. Que ce soit le look preppy de Cher, Dionne et Amber (Clueless) ou le style tomboy d'Aaliyah, TLC et Janet Jackson la mode en ce moment regarde vingt ans en arrière. 

Les codes des nineties sont repris et retravaillés afin de leur apporter une touche contemporaine; on célèbre à nouveau notre amour de la sneaker (hello les Stan Smith et les Air Jordan), du denim (merci Topshop et les mom jeans) et du streetwear (Fila est à nouveau cool, suffit d'aller voir les rayons de chez Urban Outfitters).

Quand vous regardez les blogs de mode ou même le street style, les fashionistas sont désormais en bomber, en varsity jacket et portent fièrement la salopette en jean et les looks hots sont ceux qui font la part belle aux pièces ou influences importées des 90's. Du coup, les stars poursuivent la tendance. L'été dernier, Rihanna a remis au goût du jour le faux septum et on peut le retrouver depuis à différentes échelles de prix dans tous les stores online, La Moda UK en tête de file. 
Iggy Azalea dans son clip Fancy clame son amour pour Clueless en se prenant pour Cher Horowitz et en recréant le décor de l'époque, jusqu'à tourner le clip dans le même lycée.

Riri et son fake septum dans le numéro printemps-été 2015 de i-D Magazine

Kehlani, la prochaine bombe du r'n'b, s'inspire dans sa musique et son style de cette décennie dorée


La jeune marque anglaise Educate & Elevate déclare que l'équipe créative est obsédée par le hip-hop des 90's et tout ce qui est "old school". Pour eux les TLC sont les nanas les plus cool de la planète et leurs icônes sont Vashti Kola et Spike Lee. Hum... on l'aurait compris sans même qu'ils n'aient à le mentionner. 

Un aperçu de leur collection 





Donc si le revival nineties bat son plein, c'est aussi parce qu'il trouve sans doute un écho dans notre génération avide de se rattacher à un héritage culturel chéri et souvent idéalisé, qui rassure et permet de penser à des temps plus insouciants dans le contexte de crise actuel. 

Estampillé d'une caution de cool suprême, la dernière décennie du 20e siècle a collectionné beaucoup de tendances vestimentaires et capillaires parfois hasardeuses (les queues de rat, la coupe au bol ou la coupe "mulet"...) que j'ai volontairement laissé de côté (notamment la tendance grunge et punk) mais qui nécessiteraient un article à part entière tant il y aurait de choses intéressantes à dire.



samedi 7 février 2015

Un goûter chez Angelina

Bien que les températures actuelles n'incitent guère à mettre le nez dehors, il se trouve que c'est la période idéale pour un bon goûter entre copines chez Angelina.
Salon de thé parmi les salons de thé, Angelina est une véritable institution à Paris et dans le monde. Créee il y a près de cent douze ans par le confiseur autrichien Antoine Rumpelmayer, la Maison est baptisée ainsi en l'honneur de la belle-fille de ce dernier. 



 Située sous les arcades de la rue Rivoli, la Maison fondée en 1903 fait face aux Tuileries et se trouve à deux pas de la Place de la Concorde. Franchir le seuil de ce lieu historique c'est un peu quitter le 21ème siècle pour la Belle Epoque, le temps de quelques heures. 


On vient ici principalement pour les deux gourmandises qui ont bâti la renommée du salon, à savoir le Mont Blanc (meringue, Chantilly et vermicelles de crème de marrons) et le chocolat chaud à l'ancienne dit "l'Africain". Après une dizaine de minutes d'attente à l'entrée ( la queue est quasi-inévitable l'après-midi ), on nous installe dans le salon du rez-de-chaussée, cartes en main. Honnêtement, les prix ne sont pas donnés : il faut compter 8,20 euros pour le célèbre chocolat chaud et en moyenne 9 euros pour les pâtisseries. Une fois sa commande passée, on a tout le loisir d'admirer le décor joliment suranné car le service, courtois mais affairé, n'est pas des plus rapides. Hauts plafonds, moulures, fresques et luminaires Art Déco : le cadre mêle l'élégance, le charme et le raffinement qui symbolisent l'art de vivre à la française. 

Le chocolat chaud l'Africain n'est pas mythique pour rien ! Epais, onctueux et sucré comme il faut, c'est un vrai délice en bouche. Servi avec un petit pot de crème Chantilly et une carafe d'eau, il se suffit à lui-même. Il a été difficile de venir à bout de l'incontournable Mont Blanc (pour mon amie, Sophie) et du mille-feuille (pour moi) que nous avions pris en accompagnement. Et pourtant, c'est bien l'un des meilleurs mille-feuilles que j'ai jamais mangé !! Très crémeux, la fourchette n'a aucun mal à fendre la délicate pâte feuilletée caramélisée et la vanille Bourbon ravit les papilles. On sent l'expertise pâtissière et la qualité des produits derrière la présentation distinguée.



En somme, une halte gourmande au 226 rue de Rivoli s'avère une option idéale l'hiver quand il fait bien froid mais, note plus négative, il faut également composer avec une pièce remplie de touristes qui ne désemplit pas. La rançon du succès sans nul doute... 
Pour les plus gourmands et les agoraphobes, il est possible d'acheter les pâtisseries et le chocolat en bouteille à la boutique pour prolonger/renouveler le plaisir plus tranquillement chez soi.


Salon de thé-Pâtissier-Restaurant
226, rue de Rivoli
75001 Paris

vendredi 16 janvier 2015

HAÏTI - Deux siècles de création artistique



Près de cinq ans après le terrible tremblement de terre qui a ravagé l'île d'Haïti, le Grand Palais se propose d'aborder ce petit pays de la Caraïbe de manière autre : par le biais du foisonnement de sa production artistique. Avec la participation de plus de soixante artistes, l'exposition retrace dans une scénographie qui peut laisser le visiteur perplexe de prime abord ( ça part dans tous les sens mais c'est un chaos pourtant volontaire et même organisé selon les dires des commissaires d'expo!) l'histoire de deux cent ans de création artistique.


L'exposition se divise en quatre parties : Santit yo/ Sans titres ( scènes de la vie haïtienne), Peyizaj yo/Paysages, Esprit yo/Esprits (hello les oeuvres inspirées du vaudou, des franc-maçons et de la religion chrétienne) et Chèf yo/Chefs ( ou l'importance du portrait et des représentations de figures politiques dans l'art haïtien). Trois espaces, intitulés Tetatet/Tête-à-tête, se veulent être des dialogues entre deux artistes par le biais de leurs oeuvres.


Les cartels, rédigés en français, anglais et créole haïtien, accompagnent la promenade du visiteur dans cette exposition qui fait la part belle à la pluralité de médiums : dessins, peintures, installations vidéo et audio, sculptures géantes... Empreintes d'une spiritualité omniprésente, symptomatiques de la violence et de la récup propres au pays, les 150 oeuvres feraient presque passer pour modeste le vaste hall du Grand Palais. Certaines m'ont particulièrement marqué tel que celle, dramatiquement merveilleuse, de Edouard Duval-Carrié réalisée à l'aluminium. 



L’Embarquement pour L’Isle-de-France ou le Renvoi D’Erzulie Freda Dahomey, 2014, techniques mixtes sur aluminium, 194 x 291 cm, collection de l’artiste © Adagp, Paris 2014 / Photo Ralph Torres

Les (vrais) crânes humains recouverts de paillettes et de strass du plasticien Dubréus Lhérisson et les fascinants tableaux de David Boyer, Rara Lakay et Krisifye, méticuleusement réalisés avec des produits de récup' (boutons, métal recyclé, matériaux hi-fi) ont aussi attiré mon attention. 
Dans la lignée des artistes Haïtiens de la récupération, Boyer déclare : "tout ce que je trouve à terre dans les rues, à la capitale, je les ramasse ; je les intègre à mes travaux pour devenir des oeuvres d'art".

  Dubréus Lhérisson : sans titre, 2012-2013. Crâne humain , paillettes, objets divers. 15 cm x 11 x 24. Photo José Azor.

Dans cette expo on croise également du Basquiat, pour les grands noms, relié par son père à cette île où il n'a jamais mis les pieds. Hector Hyppolite, le pilier de l'art naïf, et Hervé Télémaque, père de l'art moderne haïtien, à qui sera consacré une rétrospective au centre Pompidou en février prochain.

Jean-Claude “Baby Doc” Duvalier 
(Dictator of Haiti, 1971-86). 2004. 
Metal staples on abandoned wood, 80 x 115 cm. 
Collection of Botkyrka Konsthall, 
Botkyrka municipality, Sweden.

L'artiste Haitiano-suisse, Sasha Huber, a conçu une série retentissante intitulée Shooting Back, dont les portraits exposés des anciens dictateurs Duvalier, Papa Doc et Baby Doc, sont littéralement mitraillés à l'agrafe métallique. Un travail minutieux à la fois très contemporain et néanmoins parfaitement ancré dans l'héritage haïtien des chantres de la récup' ( ce ne sont guère que des agrafes, après tout) et du portrait politique, cher aux artistes H. 

Beaucoup de personnes (moi la première avant cette expo) ont tendance à percevoir l'histoire de l'art haïtien uniquement à travers le prisme de l'art naïf des années 40. Un stéréotype que les organisateurs de l'exposition ont voulu briser  : sortir du cliché qui accole à la première République Noire du monde (1er janvier 1804) tout le champ lexical de la misère et de la malédiction. Présenter par le biais de cette exposition la vitalité de la foisonnante scène artistique contemporaine d'Haïti. Et me permettre à moi, pour qui cette rétrospective résonne de manière particulière du fait que mes parents sont originaires de là-bas, de voir qu'il y a un champ artistique de tous les possibles et qu'il ne se cantonne pas qu'à la production picturale "naïve" pour touristes.